jeudi 22 janvier 2026

Verdure


les crapauds de la nuit
boivent
les ossements des étoiles
qui convulsent
dans la flaque

braises broyées de fleurs
qui vampirisent
l’œil des oiseaux
tels des essaims
frappés de fouets

dans le jardin
un homme erre
après sa propre malédiction
il jette des cailloux
sur les arbres

jeudi 18 décembre 2025

La Reverdie


que pépie
et se pulvérise
la poudre des baisers
où je voudrais
que mon corps
flambe

et qu’il aille à l’amer
dans la salutaire offrande
d’une jouvence chérie

je lui veux
de l’ordalie
la soif
inextinguible

/////////////////

que crépitent
les nuages de sauterelles
des idées noires


Piéça occises qu’elles soient !

mardi 21 octobre 2025

Prière païenne du poème


ennoiement
d’une tasse
dans son nuage
de lait

une lumière
morte
de fleurs
remue sur les toits

que la nuit
du Jadis
brise
sa barque

se poudroie
une paupière
bleuie
de silence

vos vaisseaux
votre beau regret
la fugue
de l’incendie

lundi 7 juillet 2025

Qui suis-je ? : la petite voix intérieure


chacun protège son mystère
toutefois il m’apparait
que je pourrais être un arbre sans racines
au milieu d’une vaste forêt
et qu’à la violence du vent
il me soit loisible
de ne m’accrocher qu’à quelqu’ineptes branches

d’où me vient ce fatras d’imposture
qui semble me constituer
comme si au lieu d’amour
on m’avait arrosé de venin

comme je suis immobile
sous les nuées
je dialogue avec mon fantôme
à qui toute liberté est permise
et qui convoque
la grâce d’une vie
sans anicroches
où le rêve m’octroie la première place
en tout et pour tout

un succès vite pulvérisée (par le retour à la réalité)

mercredi 29 janvier 2025

Méditer


Il y a un effet de vérité de la vague lorsqu'elle se déplace d'un bout à l'autre de la planète. Même ceux qui sont dans le puits de leur téléphonie en conviennent (lorsqu'ils daignent lever la tête afin d'éviter les obstacles).

Elle avance la page de ses milles et une singularité et bien que nous pensons la connaître, nous écoutons le long déchirement de sa vaisselle qui se désolidarise. Ce sont des livres ouverts, dont la saillance des plis donnent au tumulte quelque chose d'obscène et pourtant irrémédiable.

Du cuir bleu et du bruit. Un livre sans fin.

Certains mots débordent depuis l'écume avant de s'enfoncer dans le sable ou s'ensevelissent sous le poids de leurs semblables. Il n'est de dehors que sous les coups de boutoir du vent.

Pourquoi ce compagnonnage ? Ne sommes-nous que des figurants ? Les meilleurs livres sont de prières, de chuchotements ; pourquoi faire "foire" ou beugler tandis que des vagues se superposent quelque part dans l'océan ?

Nous sommes infinitésimales, des grains de sable dans une lessiveuse qui broie à contretemps.

La pluie devrait faire fondre les candidats, qu'ils valdinguent depuis leurs beaux destriers, qu'ils se fractionnent dans la brume qui s'effiloche superbement.





Qui suis-je ? : le poète rendu utile

vendredi 20 septembre 2024

Qui suis-je ?


du condom noué à la base
-tel un boudin-
elles en ont l’obscène dégaine
(une nonchalance encapsulée
non de foutre mais de cacade)

on les retrouve à l’ordinaire
dans les caniveaux
dans la pelouse citadine
près des bouches d’égouts
(du moins sur la lèvre inférieure de celles-ci ;
dans l’attente de la culbute d’un pied vengeur
ou d’une salvatrice ondée) :

si de criardes couleurs les signalent
elles n’en sont pas moins flinguées, avachies
et ce jusque dans le bac à sable du square
où elles gigotent de vent embusqué
(entre tessons de bouteille et mégots mordus)

parfois on suspecte
un certain flottement
auprès de celui ou celle qui tergiverse
au bout de la laisse
soit la honte d’être vu en si peu glorieuse expédition
soit de soutenir -sans rage- la flegmatique prunelle de l’animal
soit qu’il ou elle s’enquière d’expédients afin de se volatiliser au plus vite




la crotte du chien dans son sachet

mercredi 22 novembre 2023


sur un appui de fenêtre, un homme s’est assoupi
il a trouvé là de quoi ranger ses guiboles
ou plutôt de les détendre au maximum

a posé sous sa tête son havresac en guise d’oreiller
et bien qu’en plein vacarme
-en milieu hostile- -en pleine rue-
a su s’abandonner à ce point qu’il s’est soustrait à toute présence

! les hommes ne sont vraiment égaux que dans le sommeil !

sa barbe drue, longue et brune couvre ses épaules
il ressemble à Allen Ginsberg ce clodo me suis-je dit

la tronche qu’a dû faire la vieille
lorsque machinalement elle a posté son groin contre les vantaux

demain à la place du poète il y aura une jardinière (de fleurs)

mercredi 11 janvier 2023

Le syndrome du « tigre en cage »


J’ai bien vu
Qu’il cherchait un vase
Où enterrer ses fleurs :
Il avait déjà de ces manigances de types pas drôles
Qui force sa nature
A débiter des sornettes -à contre temps-
Un désespoir cuit dans l’œuf
Qu’il essayait de refourguer à d’autres :
Une sorte de maladie mentale du monde
Qui étirait l’œil
Comme s’il fut prêt de tomber en 1000 morceaux ;
A tenter de se sauver en s’agrippant vaille que vaille à mes basques
Il s’embastilla à mes jarretelles…
Il devint jaloux
Puis soupe au lait
Puis tigre de carpette
A éructer à l’encontre de présentateurs télé
A scier la bonhomie ambiante d’une digression acerbe
S’ébarbant d’orages même dans la candeur des rires des enfants

jeudi 8 septembre 2022

Portrait entropique


« les valises qui n’ont jamais vu la mer »

-tel un boxeur
la trogne pleine de gnons-

le crâne a avalé les yeux
qui en explosions sourdes
ont coulé en dehors des cavités
comme autant de bougies que l’on aurait oubliées (d’étreindre)
et qui se seraient asphyxiées de leurs propres eaux.

-tel un boxeur
la trogne pleine de gnons-

la margelle y est grise : on jetterait bien
dans cette béance des cailloux
afin de vérifier s’il y niche ou non
une bête mais personne ne s’y risque
tant le pourtours inquiète

-tel un boxeur
la trogne pleine de gnons-

la déliquescence a pour corollaire
l’odeur du tabac froid : on traine sur ce tarmac
comme dans les lieux déshumanisés
-centres commerciaux, hôtels périurbains, bistrots miteux-
un regard inexpressif et anxieux que rien n’oppose


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quelqu’un a jeté des pierres
au fond d’un puits vous dis-je ;
le sortilège a secoué sa poupée
tant et si bien que la tête s’est désolidarisée

les rats dans ce vestibule
tournent en rond, s’entredévorent

bouillie de fatigue
la peau des yeux se parcheminent ;
à l’aube on fait la lecture du malheur

après la tige de l’épuisement
la fleur de la mort

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Une auréole de désolation


il y eut d’abord
les épaules
pailletés de salpêtre
quelques arbres déracinés
puis une clairière
aussi obscène qu’un nid
de sorte qu’il se plaçait
toujours face à son interlocuteur
quittant ce dernier à reculons

il se réveilla un matin
avec une déflagration
dans le cuir chevelu
trépané, tonsuré de vide

aucune mode ne vint opportunément à la rescousse
il hésita entre la kipa et le képi ; ne fit rien !


les dernières feuilles tombèrent à l’automne de sa vie

vendredi 10 juin 2022

fusées


un zeste de citron
des agrumes épluchés
du champagne dans un verre qui piaille
des baisers qui ont gardé du sel l’inextinguible
l’eau chaude qui dégouline
les jambes nues
le sein entraperçu
le vert de la forêt
la caresse d’un compliment à peine déguisé et dont on suit les jouissifs frissons
l’œil qui pétille
la bonne étoile
le pied de menthe chahuté qui délivre son givre
l’attente de l’être aimé
le tremblement d’une feuille dans une main ou sur un trottoir
l’offrande du soleil ou de la pluie
la légèreté de la libellule
les nuages qui s’effilochent

jeudi 6 janvier 2022

(théorie de) L’attention…


____...sur la route côtière
la présence des lapins
________la dispute à la beauté des vagues ;

le cuir de celles-ci
ondule un drapeau mou zébré
de milliers de lassos
lancés
on ne sait où par on ne sait qui

_____la mer peut cuire son œuf autant qu’elle veut
l’œil revient au pré…
_______de-ci de-là
___________________au creux d’une motte ;
dans la luzerne,
____sur la margelle d’un trou d’obus à demi éboulé,
se signale le pelage fauve de ceux qui n’avancent que pieds joints
; en bondissant ;

ce qui -ce me semble- colporte joie et ridicule au furtif et à l’inconsidéré de leurs courses éparpillées

derrière le barbelé…
______…les enfants tiennent comptabilité des V de la victoire

lundi 13 septembre 2021

« Totem d’immunité »


Il y a là quelque tumulte proprioceptif, des gens qui s’empoignent, se viandent ou se bousculent pour être à la bonne place, un tintamarre doublé d’un soleil à couper au couteau, de la sueur, des jurons, des bagages chamarrés, de la pagaille et l’envie d’en découdre.

C’est pile le moment choisi par la vache sacrée pour se poser sur les rails.

Certains prétendent l’avoir vue venir de loin ; dodelinante, oisive, dans les naseaux un remugle de latrine, les os saillants (à croire qu’elle ne se sustente jamais), les pieds crottés, l’œil bovin (forcément) ; dubitative.

Par quelle diablerie en vient-elle à préférer -pour son séant- la saillance d’une barre de fer à la couche meuble d’un gazon certes brûlé mais nettement plus accort.

La logique voudrait que le plus à cran sorte du bois, l’exhorte, la houspille ou lui fiche le pied au flanc afin qu’elle déguerpisse mais non le silence propitiatoire se répand -tel l’encens- si bien qu’il faut attendre qu’elle daigne camper son décret d’inertie ailleurs.


Certaines personnes ainsi ne servent à rien mais contraignent à la componction.

jeudi 25 février 2021

Cosmogonie du gibier

(tel un amant épris de jalousie)
je lis ton courrier
j’écoute aux portes ;
parfois il me semble que tu t’en aperçoives et pourtant tu te tais

je consigne ce que tu as lu
ce que tu aimerais t’offrir ;
si je n’étais si souriant, si cool, tu pourrais me prendre pour un agent de la Stasi

aussi je connais tes flirts
les indiscrètes questions que tu te poses :
je me garde bien de tenir un secret et préfère planter des pancartes devant ta fenêtre afin de te faire comprendre que je sais (mais tu t’en fiches)

quand tu chuchotes
je braille à l’aide d’un porte-voix :
les vendeurs affluent
labourent (de promiscuité) ton jardin

si tu le souhaitais je pourrais te montrer les empreintes que tu laisses dans la neige
la carte des chemins parcourus
les sicaires tapis dans le décor
les émotions prédictives
…


la traque continuera même après ta mort :
rien n’épuise un algorithme



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tu lances des fleurs dans la nuit
telles des armoires
pries pour que tout advienne
alors que l’oubli s’est oublié lui-même

tu es un prophète sans téléphone
avec dans les poches des ficelles des nœuds

c’est un amour évadé de sa bouteille
un châle perdu dans une gare

tu cites des proverbes n’ayant jamais vu la mer, des oiseaux hors du paradis, tu laves la pluie, t’endors dans ta chemise

pas de commencement ni d’azur cabré
tu parles une langue ancienne
aussi morte que ton cœur

tu aimerais le macchabé qui remonte la rivière, qui s’agrippe aux barreaux, celui qui hante le château, dévore sa dépouille
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le capitalisme de surveillance s’apparente à l’organisation d’un « flash mob » à l’échelle de la planète ; la voix off des téléréalités -dans les années 2000- fut la mesure annonciatrice de cet événement

mercredi 23 septembre 2020

Dystopie 23

Sous les effets conjugués de la surpopulation, de l’opportunisme et du lucre, les gouvernements se radicalisent. Les tyrans ayant pris le pouvoir, personne ne bronche lorsque le plus fort de la meute annexe le voisin. Dans un mouvement similaire et afin de ne pas être les dindons de la farce, tous procèdent de la sorte. Les anciennes colonies redeviennent des prés carrés. L’esclavage, bien que ce substantif soit inusité, rétabli. La terminologie « protection des peuples amis » fabrique du ralliement.

mercredi 19 août 2020

Le trophée


arcboutée à la renverse
des vagues
sur une bouée fluo
gonflable
-la chevelure ravinée de sable de sel-
elle lance
-sur l’embarcation de plastique-
une jambe
échoue
présente l’autre, se ravise ;
agrippe une poignée près de l’oreille de l’animal
se hisse
rampe de guingois
&
expose éhonteusement son fessier

ô soleil ô estivants


à Félix Vallotton, elle offre la pareille : L’Enlèvement d’Europe par Zeus déguisé en taureau sauf qu’ici pas de puissant mammifère de couleur blanche mais un cacatoès aux plumes criardes :
quelques grammes -de pétrole- métamorphosés en oriflamme sur laquelle se juche -ô concordance des temps- une déesse callipyge


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fenêtre

mer qui pépie qui piaille
qui mange ses oiseaux
les enfournant dans de grands sacs
qui picore sa jambière
qui pétille où fraye le vif argent des écailles d’or des poissons catapultés par le soleil
qui gazouille

m’épuisant à lutter contre le cuir des vagues
dussé-je nager jusqu’à l’horizon
je n’ouvrirais nulle volière

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jeudi 14 mai 2020

Ermite ornemental

Afin d’agrémenter son ordinaire (et plus précisément la vue depuis son salon), un excentrique anglais (pléonasme ?) eut l’idée (lumineuse ?) d’incorporer à son jardin un être vivant pour gambader, folâtrer dans les herbes folles, les campanules.

{comme un sauvageon

ou

un animal des bois qui n’aurait pas eu l’indélicatesse de migrer sous d’autres latitudes

-dans le jardin d’à-côté par exemple-

 ou de se cacher impunément au moindre bruit émis}  

Charles Hamilton passa une petite annonce. Un vieux misanthrope y répondit. Ce dernier n’avait rien de particulier à faire, si ce n’est de vaquer à ces inopportunes occupations, de ne parler à quiconque, de se comporter comme s’il fût seul sur Terre et que la nourriture lui tombât du ciel. 

Avec ses guêtres, il farfouillait la forêt limitrophe. Se postait à l’orée de celle-ci. Y exposait le trophée de sa hure malodorante afin qu’un sénile snob en galante compagnie pût s’extasier de ce pittoresque spectacle.
 
Eut il davantage d’entretiens avec les loutres, les campagnols, les étourneaux ?
 
Eut il le désir -non assouvi- du tuer son créancier ? De rompre la laisse par laquelle l’oiseleur le contraignit ? De garnir le paillasson de Sir Hamilton d’une royale fiente ?

vendredi 14 février 2020

Dystopie


Le « gouvernement pour la joie du peuple » de mèche avec les sept autres organismes les plus riches de la Terre, décide, et ce afin de résoudre la crise écologique, de priver les autres pays : d’eau, de gaz, d’électricité…

Les centrales {à charbon} et les puits de pétrole bombardés laissent place peu à peu à des ilots concentriques où végètent de terrifiques « bûchers » (qui contrastent avec les lumières des Las Végas limitrophes).

Des mesures draconiennes sont à l’étude pour limiter la propagation en CO2 des dits « feux de fortune » (ainsi des drones munis de lances à eau pourraient être déployés sur les jachères encore humanisées). 

 

vendredi 15 novembre 2019

Fiasco II


Voulant attenter à sa vie « discrètement » un type -que le commerce avec ses contemporains rebutait- décida d’en finir aussi subrepticement que l’idée lui fût venue ; alors qu’il était véhiculé par l’un de ses proches, il défit sa ceinture pendant qu’il ouvrît la porte et contre la chaussée se vida avec toute la violence que la vitesse calfeutre d’ordinaire dans le confort moderne des berlines de luxe.

Comme personne ne l’eut suivi et qu’il ne pût de fait s’aplanir sous la carrosserie subséquente d’un autre « tombeau ouvert » et que sans doute gêné aux entournures par la hardiesse d’un tel comportement -aussi irrespectueux que désinvolte- l’ami avait pris la poudre d’escampette ou plutôt avait continué son petit bonhomme de chemin comme si de rien n’était, il dut se résoudre à d’autres expédients pour se pourfendre.   
 
En contrebas d’un talus « coulait une rivière » : cahin-caha avec quelques viscères entre les mains {comme chapelets de saucisses} il dévala la colline pour s’y ficher dedans.

Le « démon des profondeurs » quand bien même il se gargarisa de plusieurs ‘baignoires’ lui refusa les abysses escomptées.

Ne voulant se discréditer davantage auprès des pêcheurs hésitant entre une caméra cachée de mauvais goût et une farce potache, il s’extirpa -tout emberlificoté de lui-même- des bas-fonds et, après s’être ébroué en moult grumeaux, continua derechef sa course folle… 

 

lundi 23 septembre 2019

Les effarés

un livre s’éparpille piéça
en copies de lui-même
pour être lu par une personne à la fois ;
sur Internet (nonobstant les sauvegardes
continues des serveurs) un texte sera montré
en un seul lieu pour des milliards d’œil-œil-œil agglomérés

la synchronisation des cerveaux comme prérequis à la manipulation

& redevient le livre-meuble du Nom de la Rose

sans frontières, libres, non traçables, les livres sont appelés -puisque migrateurs- à disparaitre et avec eux les oiseleurs !

 
de loin, les lecteurs ressemblent à des effarés déplumant un volatile 

 

vendredi 8 mars 2019

Poètes 1 & 2


Elle retourne les pierres sur la plage. Il tend des fils de couleur rouge entre les arbres. Lorsqu’une abeille meurt, il ou elle creuse une ornière, y dépose l’insecte qu’il ou elle recouvre de feuilles. Adolescente, elle suivait des inconnus dans la rue (jusqu’au pas de leur porte) ; lui, téléphonait à des veuves ou à des folles, ne raccrochait jamais le premier. Lorsqu’ils se sont rencontrés, ils épluchaient des fruits dans un zoo pour les visiteurs : ils avaient eu la même fantasque idée ! Ils ont inventé une écriture énigmatique dont ils inondent les murs de la ville ; il ou elle tient le pot de peinture, il ou elle le pinceau. Sinon ils aiment déplacer des choses : des poubelles dont ils colonisent les abris de bus, du linge qu’ils volent et qu’ils amoncèlent dans les couloirs du métro, de la vaisselle qu’ils brisent dans des boîtes aux lettres. Rarement ils se font molester, lorsque cela arrive, ils se bouchent conjointement les oreilles, la bouche, le nez ; aussi n’est-il pas surprenant qu’ils soient pris pour des idiots !


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stress-test du poète

"un poète n'est pas plus utile à la société qu'un bon joueur de quilles" Malherbe
"parasite sacré" Michel Houellebecq



Définitions de la poésie :
  • une cautère sur une jambe de bois
  • injecter du désordre dans l’ordre (équivaut à éloigner la culture au profit de la nature) : une prose rudérale en guise de cataplasme
 
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Poésie : entité métabolisée par le malheur, organique en ce sens qu’elle est surgissement/débordement, n’ayant été créée que par l’impérieuse nécessité d’être : jaillissement qui, contrit, oblige à la mort (comme le dard de la guêpe qui lui arrache l’abdomen, comme le magma en fusion qui se pétrifie hors de la marmite).
 
Définition de la poésie : arracher la fleur !
 

versus

Si certains abordent la poésie depuis les extérieurs, triturant des textes déjà rédigés (objectivistes) ou s’ingéniant à force de contraintes (Oulipo), pour ma part, et quand bien même cette exigence est rendu illusoire par l’héritage phénoménologique où un point n’existe pas puisqu’il est toujours possible de zoomer dans ce dernier (le centre absolu de la cible ne saurait être atteint) je préfère croire qu’il est possible -par je ne sais quel truchement- de surseoir à la rigidité du langage en excavant des pépites issues du magma (et où d’invisibles énigmes remontent par le jeu complexe d’une intuition mâtinée de magie), qu’un élan vital existe et qu’il appartient aux poètes de l’encenser.


: l'orpailleur

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Poète : ambassadeur du chiffre (puisqu’il effectue de la programmation)
 ...


poète programmateur…
 
                       oxymore ?
 
cela semble très antinomique avec la liberté lui est consubstantielle ; ou peut-être qu’un instaurant un « bruit » -en définitive régénérateur- ce subterfuge soit le seul moyen de saborder ce système autoréférencé et mortifère.